Sterdex est une pommade ophtalmique associant dexaméthasone (corticoïde) et oxytétracycline (antibiotique). Sa texture épaisse brouille temporairement la vision, ce qui pousse beaucoup de patients à l’appliquer juste avant de se coucher. La question mérite d’être posée sous un angle précis : cette habitude repose-t-elle sur une recommandation officielle, ou sur un simple réflexe de confort ?
Pommade ophtalmique le soir ou collyre la journée : ce que disent les notices
| Critère | Sterdex (pommade) | Collyre corticoïde/antibiotique |
|---|---|---|
| Forme galénique | Pommade grasse, récipient unidose | Solution liquide, flacon multidose |
| Effet sur la vision | Vision floue pendant plusieurs minutes | Flou bref, quelques secondes |
| Temps de contact avec l’œil | Prolongé (la pommade reste dans le cul-de-sac conjonctival) | Court, élimination rapide par le clignement |
| Moment d’application courant | Souvent réservé au soir quand un collyre est prescrit en journée | Réparti sur la journée |
| Posologie selon la notice ANSM | 1 à 3 applications par jour | Variable selon la spécialité |
Quand le médecin prescrit à la fois un collyre et une pommade, la pommade est délibérément placée au coucher. La raison est pharmacocinétique : la forme grasse assure un temps de contact prolongé avec la surface oculaire pendant le sommeil, période où le clignement ne l’élimine pas.
En revanche, si Sterdex est le seul traitement prescrit, la notice ANSM prévoit jusqu’à trois applications quotidiennes. Limiter la pommade au soir n’est alors pas conforme à la prescription si le médecin a demandé plusieurs prises.

Sterdex avant de dormir : avantages réels du temps de contact nocturne
Le sommeil supprime le réflexe de clignement et réduit le larmoiement. La pommade Sterdex reste donc en contact avec la cornée et la conjonctive bien plus longtemps que lors d’une application diurne. Ce mécanisme est particulièrement recherché en post-opératoire, où la notice mentionne explicitement l’intérêt du traitement dans les suites de la chirurgie ophtalmologique.
Confort du patient et observance
La vision floue causée par la pommade n’a aucune conséquence pendant le sommeil. Pour un patient actif, conduire ou travailler sur écran après une application diurne devient problématique pendant plusieurs minutes. Placer au moins une dose le soir améliore donc l’observance sans compromettre l’efficacité.
Ce bénéfice pratique explique que de nombreux ophtalmologistes orientent spontanément la prise vespérale, même quand la posologie prévoit des applications multiples.
Risques d’une application prolongée de Sterdex la nuit
L’application nocturne prolonge le contact, mais elle prolonge aussi l’exposition aux principes actifs. La dexaméthasone, corticoïde puissant, comporte des risques spécifiques lorsque le traitement s’étire au-delà de la prescription initiale.
- Hypertonie oculaire cortico-induite : un usage de corticoïde ophtalmique au-delà de la durée prescrite peut élever la pression intraoculaire, avec un risque de glaucome à terme.
- Masquage d’une infection virale : la notice ANSM mise à jour rappelle la contre-indication en cas de suspicion d’herpès oculaire, le corticoïde pouvant aggraver ou masquer l’infection.
- Surinfection fongique : l’oxytétracycline cible les bactéries sensibles, mais un traitement prolongé favorise la sélection de germes résistants ou de champignons.
- Retard cicatriciel cornéen : les corticoïdes ralentissent la réparation de l’épithélium cornéen, ce qui est particulièrement problématique en cas de lésion préexistante.
Le piège fréquent est le suivant : le patient constate une amélioration, prolonge le traitement de quelques jours « par précaution », et l’application nocturne, justement parce qu’elle est confortable, facilite cet excès.
Durée de traitement : le facteur déterminant
La notice ANSM 2026 insiste sur la nécessité de respecter strictement la durée de traitement prescrite. Appliquer Sterdex le soir n’est pas risqué en soi. Ce qui l’est, c’est de prolonger l’usage au-delà de ce que le médecin a prévu, quelle que soit l’heure d’application.

Mode d’administration correct de Sterdex pommade ophtalmique
Une application mal réalisée diminue l’efficacité et augmente le risque de contamination. Le récipient unidose impose une manipulation précise.
- Se laver les mains avant toute manipulation de la capsule unidose.
- Couper l’extrémité effilée de la capsule avec des ciseaux propres (ne pas déchirer à la main).
- Tirer la paupière inférieure vers le bas en regardant vers le haut, puis déposer un ruban de pommade dans le cul-de-sac conjonctival.
- Fermer l’œil doucement pendant une à deux minutes sans appuyer, pour favoriser la répartition.
- Jeter la capsule après usage : le récipient unidose ne se conserve pas une fois ouvert.
Si un collyre est également prescrit, l’appliquer en premier et attendre au moins quinze minutes avant d’instiller la pommade. L’inverse emprisonnerait le collyre sous la couche grasse et réduirait son absorption.
Sterdex et automédication : pourquoi l’application sans ordonnance pose problème
Sterdex est un médicament soumis à prescription médicale. Sa composition (corticoïde + antibiotique) en fait un traitement ciblé, inadapté à une conjonctivite banale ou à une simple irritation. La HAS a d’ailleurs rendu un avis défavorable au remboursement dans les conjonctivites infectieuses, limitant son intérêt reconnu aux suites chirurgicales et aux infections à germes sensibles avec composante inflammatoire.
Réutiliser un reste de capsule d’un traitement précédent, ou emprunter celui d’un proche, expose à deux erreurs simultanées : un diagnostic absent et une durée de traitement non contrôlée. L’application nocturne, perçue comme anodine, renforce cette dérive.
Le réflexe à adopter reste simple : si les symptômes persistent au-delà de la durée prescrite, consulter plutôt que prolonger. L’efficacité de Sterdex la nuit dépend avant tout du cadre médical dans lequel il est utilisé, pas de l’heure affichée sur le réveil.

