Un patient peut changer de médecin traitant à tout moment, sans justification, mais le professionnel de santé, lui, reste soumis à des obligations strictes et à une responsabilité continue, même après la rupture de la relation de soins. Le manquement à l’information du patient, aux obligations de suivi ou à la tenue du dossier médical expose à des sanctions disciplinaires et civiles.La coordination des soins, l’orientation vers des spécialistes et la gestion des situations d’urgence s’ajoutent à la charge administrative et juridique. Face à la multiplication des recours, la compréhension précise des droits et devoirs s’impose comme un enjeu pour chaque praticien.
Le médecin traitant, pilier du parcours de soins coordonnés
Désormais, le médecin traitant ne se contente plus de soigner ou de prescrire. Il devient le socle du parcours de soins coordonnés, chargé d’orienter chaque patiente, chaque patient, sur le long terme. Dès sa désignation auprès de la caisse d’assurance maladie, ce professionnel de santé s’impose comme référent. Il tient le dossier, centralise chaque document, et sera sollicité pour toute question de santé.
L’organisation repose sur une gestion rigoureuse du dossier médical. Ce recueil, véritable carnet de bord, regroupe les antécédents, diagnostics, traitements prescrits, comptes rendus et échanges avec d’autres praticiens. Il n’est pas qu’une archive : c’est un outil actif, qui assure la transmission fiable et chronologique des informations à chaque professionnel intervenant à un moment clé.
La confiance entre le médecin et le patient passe aussi par une communication limpide. Un professionnel engagé informe l’intéressé·e sur chaque évolution de son état, détaille les choix thérapeutiques, décrit les démarches vers d’éventuels spécialistes. Quand une personne de confiance a été désignée, elle est associée aux choix médicaux dans toutes les situations qui le justifient.
Parmi les nombreuses responsabilités du médecin traitant, on retrouve :
- La mise à jour et la conservation rigoureuse du dossier médical
- L’information claire et compréhensible donnée au patient et à sa personne de confiance
- L’organisation du suivi et la coordination des soins avec d’autres professionnels de santé
Le fait d’avoir déclaré un médecin traitant conditionne le niveau de remboursement des soins. Ce dispositif engage le patient sur une voie organisée et oblige le praticien à un suivi de qualité, du premier rendez-vous à la prise en charge au quotidien.
Quelles obligations légales et déontologiques au quotidien ?
Chaque jour, les médecins traitants travaillent au regard du code de la santé publique et du code de déontologie médicale. Les attentes sont précises et la vigilance constante. Au cœur de la relation, l’obligation d’information : expliquer clairement la situation, présenter les alternatives, annoncer aussi les risques, et s’assurer que chacun·e comprend ce qui se joue. Ce droit à un éclairage complet s’impose à chaque étape, et tout défaut peut engager la responsabilité médicale.
Un second pilier ? La tenue méticuleuse du dossier médical. Il rassemble données cliniques, comptes rendus, prescriptions et suivi. Cette traçabilité protège patients et praticiens, notamment en cas de litige ou de contrôle. La confidentialité n’est jamais optionnelle. Aucun partage de données à un tiers, sauf en cas d’accord exprès du patient ou selon des situations prévues par la loi.
Les professionnels de santé doivent également garantir une obligation de moyens : prodiguer des soins consciencieux, actualisés, adaptés, sans promettre de succès. S’ils jugent nécessaire un avis plus spécialisé, leur devoir est de proposer une orientation. On ne rompt jamais un suivi ; toute rupture est proscrite.
Voici les principales règles déontologiques à respecter :
- La préservation du secret médical
- Une information loyale, circonstanciée, individualisée
- Le suivi précis de chaque évolution et acte dans le dossier médical
- L’orientation rapide vers un spécialiste si besoin
Le Conseil national de l’Ordre des médecins vérifie la bonne application de ces règles. Les manquements peuvent donner lieu à des poursuites disciplinaires, civiles, voire pénales, selon la gravité des faits.
Être mis en cause par un patient : comment réagir et se protéger
Lorsque la responsabilité médicale d’un médecin traitant est contestée, la prudence s’impose. Face à une réclamation, une plainte devant l’Ordre ou une procédure judiciaire, la réactivité et la méthode seront décisives. Il ne s’agit pas seulement de démarches administratives ou juridiques : parfois, c’est la réputation et la confiance qui se jouent en coulisses.
Première étape : examiner en détail les reproches formulés. Relire chaque ligne, rassembler pièces et preuves, et vérifier que le dossier médical est fidèle à la réalité du suivi. Ce document fait foi. Lors d’une enquête ou d’une audience, c’est lui que l’on décortique pour évaluer le comportement du praticien.
Un réflexe indispensable : prévenir rapidement son assureur en responsabilité civile professionnelle. Sans cette notification, la défense et l’indemnisation pourraient se compliquer. La mobilisation d’un syndicat professionnel peut aussi faire la différence en cas d’escalade.
Un patient peut évoquer une faute, une perte de chance, ou un préjudice. C’est la conformité des actes au regard des textes et recommandations qui sera analysée, et non le simple résultat du traitement. Pour le praticien, la meilleure protection passe par la transparence, des explications documentées, et une gestion soigneuse de chaque dossier.
Comprendre ses responsabilités pour exercer sereinement
Entre le médecin traitant et son patient existe un véritable engagement : celui de fournir des moyens adaptés, au plus près des données de la science médicale, avec méthode et rigueur. Le juge n’attend pas un résultat garanti mais scrute toute négligence dans le suivi, l’information ou la surveillance. Le professionnel sait que la moindre faille peut engager sa responsabilité, civile, voire pénale.
La traçabilité apparaît comme la meilleure alliée : chaque note ajoutée au dossier médical constitue une preuve en cas de litige. Ce dossier partagé est constamment relu pour vérifier la conformité du suivi, des prescriptions et des informations communiquées. Rien de superflu : tout a son intérêt, tout se justifie par la volonté d’assurer une continuité sans faille dans les soins.
Le terme de préjudice recouvre bien des réalités : dommage corporel ou psychologique, défaut d’information ou perte de chance d’être mieux soigné. L’obligation d’informer sur les risques, les alternatives, la suite des traitements ne tolère aucune approximation. La jurisprudence est constante : même en l’absence d’erreur technique, le défaut d’information peut suffire à engager la responsabilité.
Pour faire face aux aléas, la responsabilité civile professionnelle (RCP) offre une protection financière au praticien en cas de contentieux. En parallèle, la CARMF intervient pour garantir la continuité de l’activité en cas d’incapacité long terme ou d’accident majeur.
Être médecin traitant, ce n’est pas aligner des ordonnances ou valider des protocoles à la chaîne. C’est agir, décider, expliquer, écrire, bref, porter à bout de bras la relation de soins. La confiance mutuelle, invisible mais réelle, ne s’impose jamais d’elle-même : elle se construit, jour après jour, par la force de l’exigence et la persévérance dans l’accompagnement.


